Belle réflexion lancée là. J'aime bien aussi cette expression "d'aléniation"
Je suis d'accord sur le fond, l'utilisation des machines par tous et pour tout, nous rend dépendant de celles-ci.
En devenant dépendant du "j'appuie sur le bouton et ça fait tout tout seul" on perd nos savoirs-faire. Le savoir-faire qu'on avait "avant d'utiliser la machine qui le fait à notre place"
Mais, à bien y réfléchir, même si les machines ont leur part de responsabilité ; honnêtement, je ne sais pas si c'est tant les "machines" en elles mêmes que l'industrie du tout-fait et son commerce qui nous on fait perdre nos savoirs-faire, modifié nos comportements et induits dans cette dépendance.
Acheter des vêtements tout faits et en changer tellement souvent qu'on a pas le temps de devoir les réparer nous a fait perdre nos savoirs-faire de couture/tricot, savoir que toutes les femmes de la génération de ma mère (ou à la limite de ma grand-mère) possèdaient et qu'elles ont parfois refusés de nous transmettre pour la raison que "ça n'était plus utile, on vend tout, tout fait, et vraiment pas cher à présent, pourquoi "perdre" son temps...?"
C'est pareil avec la bouffe et l'art de la "bonne cuisine", les plats tout près et les portions individuelles à mettre au micro-ondes, (et peut-êtres les "machines" qui font tout) ... tout ça a fait que beaucoup de jeunes gens à l'heure de s'installer ne savent pas cuisiner ou si peu. Et puis tout le monde travaille, dur, et beaucoup trop, donc on a pas le temps.
C'est encore pareil avec la culture du sol, tous les hommes de ma famille savent vaille que vaille cultiver leur petit bout de terrain ... Habitude qui se perd, puisqu'on a pris celle de tout acheter en supermarché et de faire des petits-pots à bébé. Résultat, aucun des jeunes de ma génération ne sait ou ne veut s'intéresser à la culture (sauf moi ou à peu près) Encore un savoir pas transmis.
Et on pourrait citer des tas d'autres exemples. Mais ce n'est pas toujours le commerce mondialisé ou l'industrie qui est en cause, mais aussi nos modes de vie. Nous nous sommes habitué à ne plus transmettre nos savoirs faire et nos valeurs et du coup, cela se répercute en cascade sur d'autres domaines.
Un exemple ? Tous les hommes de ma famille (encore eux) sont bricoleurs, ils ont eu un peu d'électricité et de maçonnerie à l'école, vaguement. Pour le reste, ayant peu de moyens globalement dans la famille, tous ont bricolé et ont cultivé l'art de la débrouille : tous ont fait la totalité ou presque de leur travaux pour leur maison : électricité, plomberie, chauffage, plafonnage, peinture, placement de châssis et j'en passe ... mentalité qui s'est perdue aujourd'hui : pratiquement aucun jeune homme de ma génération n'est capable de taper un clou au sens propre du terme !! Pas un père n'a appris à son gamin (ou à sa fille si vous voulez) à faire de même. Quand les oiseaux s'envolent du nid, pour accrocher un cadre, c'est "au secours papa viens m'aider" J'exagère à peine.
Nous sommes donc bel et bien englué dans ce système, dont nous sommes dépendant et prisonnier. Et on perpétue cette dépendance en refusant de transmettre aux générations qui suivent nos bribes restants de savoir-faire ! Nous sommes les membres d'une société actuelle qui se croit libre et indépendante ... indépendance le pétrole ? Ha mais ... si on lui coupe le jus du jour au lendemain, ce sera un désastre et un grand effroi pour beaucoup de gens. On est tous d'accord.
Privés de tout ces savoirs fondamentaux, que feront-ils ? Quand il n'y aura "plus rien" qu'il faudra planter ses choux (sur des sols rendus infertiles par l'agriculture intensive), braconner le lapin (si il y a encore du lapin), ceuillir des fruits et herbes sauvages (et qu'on ne sait pas reconnaître les comestibles et non comestibles) ou coudre une chaussette et qu'on ne sait pas comment faire...
Beaucoup de désarroi, certainement d'accidents, de morts, de malades, peut-être de pillage, voire de guerre à l'horizon.
Donc, je pense sincèrement que l'oubli de tous les savoirs d'antan est une catastrophe pour l'humanité. On dit souvent que sans énergie, on reviendrait au moyen âge ... Pour moi, ce serait pire qu'au moyen-âge puisqu'au moyen âge, même si la vie était dure, les gens savaient vivre sans cette énergie, or nous, nous ne savons pas.
Cela dit, je pense aussi que l'homme est doté d'un instinct de survie qui se réveillera très vite ! Mais il est certain qu'il faudra "tout réapprendre" si toutefois c'est possible. Certains savoirs seront peut-être perdus à jamais et il faudra les réinventer/redécouvrir ? Bref.
D'un autre côté, pour en revenir aux machines ... et le fait qu'elles soient aliénantes ou asservissantes ...
A tout considérer, il ne faut pas oublier que celles-ci relèvent également de l'ingéniosité humaine qui a su apprendre à se faciliter la tâche.
Inventer un moulin manuel plutôt que de casser des graines avec un caillou est le fruit d'une intelligence humaine, qui a su observer et se servir de ce qui l'entoure pour se faciliter la vie et donc se dégager du temps. Est-ce un mal ?
Très tôt les hommes ont sû inventer des objets, mécanisme, machine qui lui ont été d'un utilité évidente dans sa charge. Cela va du casse-noix à la machine à laver ... du poêle à charbon au mixeur ... Des plus élémentaires au plus sofistiqués, le levier, la brouette, le puit ...
Même un passe-soupe manuel en métal est une invention ni plus ni moins ...
Après, fort de l'énergie que nous commencions à maîtriser, nous nous en sommes donné à coeur joie pour tout électriser, robotiser, en pouvait-il être autrement ?
Bien sûr, après, fut venu le règne de la société de consommation, la modernité, et l'industrie qui crée des besoins pour nous faire acheter de plus en plus. Ainsi on vend des trucs pour cuire les oeufs, des trucs pour cuire le riz, des trucs pour cuire la confiture, des trucs pour cuire les crèpes, le pop-corn, et j'en passe ... ça en fait des machines alors qu'une ou deux casseroles suffisent pour faire tout ça ... Symptômes plutôt du commerce, de la course à l'argent et de la surconsommation plutôt que de la recherche de "l'utile"
Et voilà ! Nous sommes nés à cette époque et nous avons grandi avec des tas de machines qu'on branche dans la prise et qui fonctionnent, et que nous avons utilisées pcq nous ne savions pas faire autrement et que personne n'était disponible pour nous expliquer qu'il y avait moyen de faire d'une autre façon, avec nos petite menottes ... tout simplement peut-être pcq nos propres parents ignoraient déjà eux-même comment on faisait "avant".
Qui ici n'a jamais employé un appareil électrique me jète la première pierre ... On sera tous d'accord pour dire que notre machine à laver, tant qu'on peut s'en servir on s'en servira ! (non ? hé bien moi si!)
Donc, toutes les inventions ne sont pas forcément aliénantes ou asservissantes. Je pense qu'une machine à laver est plutôt libératrice pour ma part ... Après, bien sûr, tout dépend de l'emploi du temps que l'on fait de ce temps récupéré ... si c'est pour aller ce scotcher à une autre machine, bien débilisante celle-là comme la télé, alors oui, c'était certainement "plus sain" pour le corps et l'esprit de laver son linge à la rivière ...
Donc, dans le présent débat, je pense qu'il est important de séparer les machines utiles des machines purement inutiles : une machine à laver et un lecteur Mp3 pour moi ça n'est pas du tout la même chose !!!!!
Il serait aussi faux de généraliser en disant que les TOUTES machines (je parle surtout des machines utilitaires) nous rendent plus dépendant qu'avant. Je pense tout de même que certaines nous rendent plutôt indépendant, du moins tant que ces dîtes-machines sont évidemment là pour ça.
On ne peut pas maîtriser tous les métiers et les savoirs, ainsi, même par le passé, tout le monde ne moulait pas sa propre farine : on allait au moulin. Et il y a toujours des moulins et des meuniers aujourd'hui. Tout le monde même ne faisaient pas son pain : on allait chez le boulanger. Et il y a toujours des boulangers aujourd'hui.
Donc, le fait qu'on puisse employer des "machines" pour le faire soi-même nous rend plus indépendant et nous fais faire des économies, et nous permets de faire nous-même ce qui est peut-être le métier, la maîtrise et le savoir-faire, de quelqu'un d'autre ? Et combien d'entre nous ici ne rêvent pas d'autonomie voire d'autarcie ? (Au détriment donc des relations humaines producteurs-acheteur et de la survie des "petits métiers" mais c'est peut-être un autre débat)
Donc les machines nous permettent de faire nous-mêmes ce que le meunier ou le boulanger fait. Mais si demain le moulin (électrique ou manuel) lâche, si la machine à pain (ou le pétrisseur) n'existe plus, hé bien on retournera voir le boulanger et le meunier... !
Donc, si un jour on a plus de jus ... bien qu'on sera vraiment dans la mouise, à cause de tous ses savoirs perdus, enfin je dis "nous" je veux dire "notre société" , je ne doute pas que beaucoup ici pourrait rapidement s'en sortir, et certains comme Louise Elie, sont même très proches d'une vie zéro pétrole, ce dont on ne peut que les féliciter.
Bien que ce sera vraiment terrible pour notre société, et je pense en premier lieu à l'approvisionnement des denrées (imaginez, plus d'énergie en hivers, les étalages des magasins plus approvisionnés et impossible de cultiver ou cueillir pour s'alimenter) et à l'accès aux soins (sans énergie un hôpital n'a plus beaucoup d'intérêt, à part pour suturer une plaie et encore...), on apprendra très vite à se passer de la machine à laver ou du rape-fromâge électrique : laver un linge n'a probablement rien de sorcier et raper du fromâge à la main non plus !
Et même, je pense que nos priorités redeviendront vite à : boire-manger-être à l'abri/en sécurité- et au chaud ou du moins pas exposé aux intempéries. Nos débats sur l'utilité d'une machine nous sembleront bien loin loin loin ....
Est-ce pour cela qu'en attendant il faut se contraindre à casser des graines avec un caillou ?

amicalement.