Siene, le 11 February 2010 à 09:58, dit :
Je ne dirais qu'une seule chose et pour cela, je rejoins Monoar: "Et si on laissait les gens faire ce qu'ils veulent ?
Ce serait pas mal non ? Chacun est responsable de lui-même, non ? "
Cette réaction m'étonne, et me choque même pour plusieurs raisons :
1/ tout d'abord cela résonne comme de dire: arrêtons d'en discuter, alors que pour moi il s'agit justement d'un sujet dont personne ne parle en général et qu'il faudrait beaucoup plus discuter un peu partout, car il est important, même fondamental. A moins que l'on admette que les gens ne font justement pas vraiment ce qu'ils veulent et qu'en discuter pourrait les y amener, mais je ne pense pas que c'était cela qui sous-tendait la phrase.
2/ deuxièmement cela résonne également comme si on discutait de la pauvreté, et qu'on disait : laisser les gens faire ce qu'ils veulent avec leur argent, alors que finalement ils n'en ont pas ou presque pas. Si nous sommes conscients que nous sommes en continu matraqués par les médias, la pub, et tout un environnement culturel qui fait que notre propre choix de faire des enfants ou pas n'est pas vraiment libre, on est en droit de penser que c'est le cas aussi pour la majorité des gens. Et que si de surcroît ces gens ne sont pas conscients de ce matraquage, leur choix réel est encore plus restreint. L'idée de laisser faire les gens ce qu'ils veulent me paraît dans l'absolu bien sûr la meilleure, encore faut-il qu'à la base, ils aient vraiment la possibilité de faire ce qu'ils veulent, et c'est bien là pour moi que se trouve une partie du débat.
3/ Troisièmement cela pose le débat de la liberté individuelle versus la liberté collective. On sait que l'anarchie ne fonctionne pas (dans le contexte actuel, c'est à dire avec les personnes au niveau actuel dans lequel nous sommes), on sait que le communisme version URSS ne fonctionne pas, mais on voit également qu'on n'est pas foutu de faire fonctionner une vraie démocratie non plus.
Je pense qu'il existe justement des possibilités pour créer le juste milieu entre le « chacun pour soi » où chacun fait ce qu'il veut (même au détriment de la collectivité), et la limitation de la liberté au profit de cette même collectivité.
Il doit exister un terrain où la liberté n'est pas limitée, où on peut faire ce qu'on veut, mais où la collectivité décide de favoriser certains choix individuels sans interdire ou limiter les autres choix. C'est ce que j'appelle l'incitation. Et c'est dans ce cadre que j'aurais envie de trouver quelque chose qui soit incitant pour les uns et en même temps, non pénalisant pour les autres. Une image me vient en tête. Si on considère le terrain de la décision, et que la collectivité voudrait favoriser la décision vers le nord, elle pourrait fort bien décider de pencher le terrain vers le nord, de manière à décourager d'aller vers le sud (si on considère qu'il est plus facile de descendre que de monter). Mais par le fait même de pencher le terrain, on facilite la descente d'un côté, en rendant plus difficile la montée vers le sud. Et d'après les commentaires sur l'échange, cela créerait une grosse résistance.
Et quid, si on parvenait à garder le terrain plat (on ne crée pas de désavantage pour procréer; les désavantages en question étant jusqu'à présent créés par l'absence d'avantage), mais que par exemple on creuse une sorte de sillon toboggan vers le nord?
Ou bien alors tout le monde serait d'accord pour dire : il ne faut rien faire du tout, et laisser les 20 millions de gens crever de faim chaque année, laisser la planète perdre complètement la boule (1 milliard de personnes dans la misère, le réchauffement, les guerres, et toutes les dérives de notre civilisation), alors que tout cela est très lié au fait que nous sommes jusqu'à présent à la fois beaucoup et à la fois incapables de gérer notre propre nombre pour nous épargner de toutes ces dérives?
Car à ce niveau-là je rejoins assez le propos de Lynia quand elle dit :
Citation
....ce que je veux c'est que le somalien puisse vivre dignement avec une autonomie alimentaire. ça sert à rien d'augmenter la production céréalière dans les pays riches alors que même aujourd'hui un milliards de personnes souffrent de la faim. Alors pourquoi dire que la terre peut soutenir 10 milliards d'être humains alors qu'aujourd'hui on est pas capable d'équilibrer les flux entre 7 milliards de personnes?
ou plus loin :
Citation
si les gens ont le choix de faire ou ne pas faire des enfants, qu'ils ont le choix de faire tel ou tel métier, si ils veulent que la société les aident en cas de coup dur, il leur faut accepter que la société interfère au moins un peu dans leur choix. C'est utopiste de se déclarer totalement libre, le fait de manger deux oranges au lieu d'une a une conséquence sur les autres humains et sur la nature. Nous devons être dans le cercle du cycle de la vie sans le bouleverser. Je ne suis pas libre de faire dix enfants, la nature m'en reprendra. Je ne suis pas libre de mon choix de natalité alors qu'il y a d'autres êtres humains qui vivent, doivent se loger, se nourrir.
A l'inverse de Lynia qui dit ne pas vouloir s'intéresser particulièrement au fait de faire les choses en conscience, pour moi c'est bien cela qu'il faut viser.
Mais je reste tout de même choquée quand je lis qu'il faut laisser les gens faire ce qu'ils veulent quand je sais que faire ce qu'ils veulent a indirectement un impact sur la non survie d'autres gens.
Pour moi c'est la même difficulté que l'empreinte écologique. Il serait bon pour moi d'amener les gens à diminuer drastiquement leur empreinte écologique (cela commence mais cela reste très faible). Et je crois important de le faire au niveau collectif, car il n'est pas forcément facile de le faire de sa propre initiative. Et il y a en effet des gens qui continuent à s'en foutre et vouloir à tout prix leur 4x4, leur voyage annuel au bout du monde, leur steak quotidien, et des bénéfices indécents aux actions qu'ils ont dans les multinationales.
Et je pense que c'est pareil pour la procréation.
L'humain a quelque chose de particulier, c'est qu'il fonctionne comme tout le reste de la nature, mais qu'il a aussi une conscience et un égo. S'il fonctionne naturellement à 100% tout va bien (on n'en est plus du tout là depuis qu'on a créé la roue, l'agriculture, la sédentarité et la culture), mais quand il fait intervenir son égo, sans la conscience, c'est le massacre. Et pour parvenir à rétablir l'équilibre, il est nécessaire de s'élever au niveau de la conscience.
Je voudrais également, comme Lynia, citer l'adoption. Car elle est probablement une des solutions les plus importantes, puisqu'elle permet à la fois aux parents adoptifs de ne pas procréer mais elle permet aussi que des enfants qui, à la base, sont destinés à mourir de faim, ou vivre dans des conditions déplorables, de pouvoir survivre dans de bonnes conditions.
C'est une manière, provisoire, et de loin pas idéale, de réduire les inégalités entre le nord et le sud. Ce serait une bonne solution, moins pire que de laisser ces enfants crever de faim, mais c'est plutôt faute de meilleure solution.
Pour ma part, je n'ai jamais eu le désir d'avoir des enfants. Par contre, j'ai toujours conçu l'idée que si je me trouvais en situation de couple où le projet d'enfants surgirait, l'adoption serait la voie qui me conviendrait le mieux. Comme je n'ai pas été dans cette situation, j'ignore ce qui se serait passé, mais je pense que j'aurais désiré aimer un enfant sans ressentir un besoin que ce soit un enfant de mon sang ou du sang de mon compagnon.