Tari,
A priori j'aurais envie de dire : ben non, faut pas annihiler l'ego, faut apprendre à le gérer. Et puis, en y réfléchissant, je ne sais plus trop. C'est sans doute une question de mots. Je vais expliquer comment je vois les choses (j'ignore si ça rejoint ce que tu as dit, ou pas) :
Ma vision des choses (en écho avec certaines de mes lectures mais pas toutes, mais surtout en fonction de mon expérience jusqu'à maintenant) c'est qu'on nous éduque depuis l'enfance à correspondre à l'image de ce qu'on veut faire de nous (et ça part un peu dans tous les sens puisque plein de gens, en général, contribuent à notre éducation). Plus les apprentissages et conditionnements sont intensifs et longs, plus le travail ultérieur va lui aussi être intensif
(les universitaires, de surcroît scientifiques, sont les plus touchés selon moi*, malheureux va
). Car il va falloir lâcher, non pas l'ego, mais les croyances et apprentissages inutiles (tous ne sont pas inutiles, ya des bons apprentissages).
*Je cite les scientifiques car en sciences on n'accepte que la logique, le rationnel, le prouvé, le concret, or nos croyances, nos expériences sont la plupart du temps hors de ce registre, et les choses du coeur encore plus. Et les scientifiques ont en général un mal fou à accéder à cela car la plupart (pas tous) restent très fort dans le mental, et le changement n'est justement pas mental.
Il y a donc un moment charnière entre la fin des apprentissages éducationnels et le début du grand nettoyage. Ce moment peut durer une minute ou le reste de la vie, tout le monde ne passe pas au grand nettoyage, mais je pense que la plupart des gens de 60 ans l'ont entamé, et certains l'entament déjà à l'adolescence, voire avant. D'ailleurs, on commence en général le travail avant d'avoir fini son éducation. Le « moment charnière » est plutôt une image.
Oulah, je dévie. Pour en revenir à l'égo à annihiler.... Je pense que l'égo n'est que la machine mentale qui finit par fonctionner en toute autonomie et qui bien souvent nous emmène en bateau. Nous sommes bien plus que notre mental. Le jour où on découvre que notre mental n'est qu'un ronron, une machine logique (enfin pas toujours), mais que ce n'est pas nous, on n'est qu'au début du travail sur l'égo. Ce qui est derrière l'ego, c'est la conscience, l'esprit, le Soi. Tous des mots un peu flous et qui ne veulent pas dire forcément exactement la même chose. Chaque théorie va utiliser l'un ou l'autre, et le définir à sa sauce. La conscience est donc capable d'observer l'égo. Mais elle peut surtout gérer l'égo. Et celui-ci, comme il a pris une certaine autonomie va tout faire pour ne pas se laisser faire. Et c'est un peu ça la difficulté. En général plus on tente de stopper le mental, plus il s'emballe, et plus on s'embourbe. L'idée alors c'est plus de l'observer avec bienveillance, et sans tentative de putch
Et plus il est observé de manière neutre, plus il apprend à se calmer.
N'ayant pas été assez loin dans l'expérience, je ne peux que soupçonner qu'à un certain point, on finit par gérer notre vie avec la conscience et que le mental n'est plus utilisé que comme un moyen de la gérer quand le besoin s'en fait sentir, et pas ailleurs. Et donc qu'il n'y a en ce sens rien à annihiler, mais qu'il est nécessaire de stopper l'identification qu'on fait sur notre mental.
Dans ce sens, l'égo reprend sa place adéquate.
Mais bon, si l'égo signifie l'identification au mental, et non pas simplement le mental, alors oui, d'une certaine manière il faut s'en débarrasser.
Dans ce que tu as dit Tari, ce qui m'est paru contradictoire, c'est que tu parles d'un égo sain qu'il faille lâcher. Si l'égo est sain, je ne vois pas de raison de s'en débarrasser (ce serait le mental auquel on ne s'identifie plus). S'il faut le lâcher, c'est qu'il est nocif. Donc la notion de goulot pour moi ne fait pas sens. Plus on se connaît, plus on évolue, plus l'égo va devenir sain et diminuer son dictat.
Ca rejoint aussi ce que dit La Dragonne :
« il faut plutôt se dépouiller de ce qui ne nous appartient pas »
Et au risque de déplaire : vers 20-30 ans, pas grand chose nous appartient. Et c'est pas sûr qu'en disant ça je puisse prétendre à beaucoup plus.
Oups, tout à coup ça me revient.... à propos du goulot.
Il est vrai qu'en travaillant sur moi, très longtemps j'ai dû nettoyer plein de blessures, déblayer les masques etc. Et j'ai fini par dire à une période : je me retrouve comme quand j'avais 17 ans, avec l'expérience en plus. J'étais à nouveau moi-même. Et en effet, j'étais arrivée, d'une certaine manière, au début du chemin, mais en me connaissant mieux cette fois.
Or depuis, j'ai entamé un autre type de changement, celui qui consiste à pouvoir devenir ce qu'on a envie de devenir, sans limitation aucune.
Dans ce sens ça rejoint peut-être ton idée de goulot. Il faut d'abord bien connaître ce qu'on a fait de nous, et j'ajouterais aussi déblayer tous les fardeaux qui nous sont tombés dessus en cours de route, puis alors, on peut en effet, aller gratter plus profond encore et découvrir ce qu'il y a sous le plancher : un travail infini.
Cela dit, je pense qu'on peut travailler les deux ensemble.
Quant à la souffrance liée au changement, je pense qu'elle est intrinsèque à la vie. Si nous avons besoin de changer, la vie va nous mettre devant des situations qui vont nous y pousser. Et c'est plutôt notre résistance au changement qui va amener les souffrances. Comme cela est inconscient, on ne peut en général pas y échapper. Car, quand la vie nous donne une claque, si nous étions conscients qu'il suffit de bifurquer légèrement dans une autre direction pour aller mieux, on ne se ferait pas prier. Mais changer est souvent difficile. Nous nous accrochons à nos croyances, nous nous accrochons à nos habitudes, nos modes de fonctionnement, et même quand nous sentons la nécessité de passer à autre chose, nous avons souvent peur de perdre pied pour aller vers l'inconnu. Et donc la vie ne va pas se gêner, elle va nous envoyer des coups de pied de plus en plus rudes dans les fesses, jusqu'à ce qu'on se décide à se les magner.
« la peur est ce qui fait le plus mal selon mon expérience. » => selon la mienne aussi, et de loin.
Je me demande d'ailleurs si les gens qui souffrent le moins sont ceux qui sont plus souples pour le changement, ou bien si d'autres choses interviennent encore, ou alors est-ce possible qu'ils aient un chemin de vie moins exigeant?