Et continuer malgré tout à réaliser des bénéfices?
La vision commune de l’économie est complètement archaïque. La plupart d’entre nous pensent encore comme au XIXe siècle: d’abord, il faut du capital, et ensuite on peut entreprendre. C’est absurde. En premier, il l’être humain et ses capacités, mais aussi ses besoins. C’est ensuite seulement qu’il faut du capital pour satisfaire ces besoins au moyen de projets, pour réaliser des idées. Du capital, il y en a à revendre. Nous devons le mettre au service de l’être humain, et non pas le contraire. Voilà la voie à suivre.
Pour vous, il est hors de question de suivre cette voie en faisant appel aux fonds de placement?
Absolument pas. Nous le faisons, et sans opinion préconçue. Nous recherchons le contact avec des multinationales, avec d’autres grandes banques, avec les milieux
politiques. C’est la seule façon de multiplier l’action durable. Nous devenons actionnaires d’entreprises afin les influencer et de les aider ainsi, lentement mais sûrement, à s’engager dans la voie du développement durable. C’est notre passion.
Nous en revoilà aux alliances d’intérêts. Sur ce point, votre croissance est encore trop lente.
Comme tous les entrepreneurs, nous voulons toujours plus que ce que nos moyens nous permettent. Nous voulons avoir les fonds éthiques les plus verts et les sociaux. Les allers-retours en bourse sont bien entendu inutiles et malsains. Le gain-éclair n’est pas et ne peut pas être notre objectif. En tant que Banque Triodos, nous voulons agir différemment, sans pour autant rester dehors du système et nous lamenter sur son fonctionnement. Nous tentons activement de contrer la spéculation, notamment dans le secteur des fonds verts. Nous établissons et maintenons des relations de longue date entre bailleurs de fonds et entrepreneurs. Notre intention en cela est de faciliter la progression du développement durable. Et de nous assurer l’indispensable
potentiel.
[...]
Etre alternatif ne suffit donc plus pour pratiquer une activité bancaire moderne et durable?
Dans les trois pays pris ensemble, les opérations bancaires normales représentent aujourd’hui deux triers notre chiffre d’affaires, et les fonds de placement tiers restant. Aux Pays-Bas, la relation atteint presque les 50/50. L’an dernier, le total de bilan a atteint 760 millions d’euros pour les transactions bancaires et 345 millions d’euros pour les fonds de placement. Comme vous voyez, il ne suffit plus d’être tout simplement une banque alternative. Nous devons agir en faveur du développement durable et faire état de notre action, proposer, la rendre attrayante.
Source
http://www.bas-info.ch/pdfs/geschaeftsberi...001_inhaltf.pdf