Koren, le 19 March 2010 à 10:01, dit :
Cependant, ce qu'on a tendance à oublier lorsque l'on dénigre les grandes surfaces classiques, c'est qu'elles permettent à beaucoup de pouvoir vivre.
C'est HS mais bon je continue :
Koren, je me doute que ta remarque part d'une bonne intention, mais elle me choque un peu ... d'autant que le seul supermarché qu'il m'arrive de fréquenter (pour y trouver de la viande en vrac pour le chat) est en train de remplacer une bonne partie des caisses par des automates. La grande distribution, c'est quoi ? Sans parler des conditions de travail pour ceux qui y travaillent, concrètement, c'est d'abord des vêtements fabriqués en Asie et commercialisés dans des régions où les dernières usines textiles en France ont fermé. Usines qui employaient des technicien(ne)s, des couturier(e)s, des ouvrier(e)s et tout un tas de gens à qui, justement, cela permettait de vivre, car de la fabrication du tissu au vêtement, il y a une masse de monde ! Idem dans les autres secteurs artisanaux, certaines manufactures et usines ...
Côté petits commerces et monde agricole, c'est sans doute bien pareil, non ? Le pain fabriqué industriellement avec une farine d'un blé d'on ne sait où qui rend caducs des tas d'emplois locaux : boulangeries, exploitations agricoles à quelques km, pourtant capables de produire les céréales, etc. Idem pour toutes les étapes de fabrication de produits de consommation sorti de nulle part : des olives étiquetées "la belle Provence", des poissons étiquetés "saveurs de l'Atlantique bien de chez nous", des conserves "produits du terroir" qui viennent de n'importe où, ou bien qui viennent de leur région de vente mais qui sont conditionnées à perpette les oies pour y revenir !
La grande distribution a entraîné plus ou moins directement la fermeture de bien des commerces spécialisés et compétents dans leur domaine, vendant de l'alimentaire ou des biens (primeur, fromager, traiteur, charcutier — je n'y vais pas mais tout le monde parle de la disparition des charcutiers, boucher, chausseur, grainetier, droguerie, teinturier, drapier, mercerie, librairie, disquaire etc), qui gardaient un lien local avec tous les acteurs ou producteurs de la région et étaient capables de réparer un bien endommagé ...
En ville ou en campagne, c'est souvent que les gens disent : "avant, pas loin, il y avait monsieur ou madame Machin, qui tenait une boutique fabuleuse où on trouvait tout / qui s'y connaissait très bien en ... / qui faisait du tellement bon travail ... qu'on venait de loin le/la voir !" Tout ça pour dire qu'avant l'avènement de la grande distribution, la place n'était pas rase. Je ne dis pas que tout était parfait mais dire que la grande distribution permet à beaucoup de vivre, c'est encourager une vision de l'écologie et de la société difficilement soutenable, étant donné le nombre d'emplois que cette économie a laissés sur le bord de la route et qu'elle laissera encore forcément, au bout de la chaîne, puisqu'elle n'a pas pour vocation d'être humaniste ...
Je ne fais pas la critique des employés ou des acheteurs de la grande distribution, chacun fait ce qu'il peut et paie les frais de ce système, mais penses-tu aussi à tout ce que ce mode de fonctionnement anéantit tous les jours ?
La seule chose qu'on peut souhaiter, c'est que le circuit bio qui subsiste hors des hypers montre localement l'exemple ...
A part ça, merci Koren de réactiver ce sujet qui date de 2007, c'était hier mais c'est allé très vite depuis si peu de temps ... Autour de moi, je trouve plutôt que la méfiance qui existait il y a quelques années au sujet du bio s'est transformée en curiosité, les gens sont bien plus bavards sur la question, et demandeurs d'informations fiables. Ils ont envie de confronter les "infos" véhiculées-greenwashées par le flux continu des médias à des arguments plus poussés, et c'est bien plus facile de se retrouver à discuter de ces sujets avec des gens de tous milieux.
Les fausses bonnes idées vont peut-être vite, mais les échanges de bonnes idées aussi ...