Suite à mon post racontant mes déboires avec un distributeur, j'ai eu quelques demandes d'explication sur le problème des peintures naturelles que je vous livre ici.
Si le terme peintures bios a tendance logiquement à disparaître, les appellations "peintures naturelles" ou "peintures écologiques" commencent à fleurir et franchement il y a souvent de l’abus dans l’utilisation de ces termes.
Doit-il n'y avoir QUE des ingrédients d'origine naturelle au sens strict pour mériter pleinement cette appellation ? Dans ce cas il n'y a pas beaucoup de peintures qui la mérite !
Naturel veut-il dire non toxique ? Pas forcément non plus.
Lorsque je me suis fait jeter de chez ce distributeur avec un « on travaille déjà avec X », j’ai regardé d’encore plus près la composition des produits de chez X (première marque citée en reconnaissance spontanée lorsque l’on parle de peinture écologique ou naturelle) qui annonce un gros « PEINTURES NATURELLES » sur son site web.
En feuilletant les fiches techniques de ces produits (dont je ne remet pas en cause la qualité) on trouve pèle mêle :
- hydrocarbures aliphatiques : moins nocifs que les hydrocarbures aromatiques mais qui restent tout de même des dérivés pétroliers. Pourquoi ne pas marquer clairement de quel solvant il s’agit et se retrancher derrière un terme générique ?
- Essences d’écorces d’agrumes, romarin, lavande, pin, bergamote. Ces huiles essentielles qui ont des propriétés bactéricides et fongicides sont aussi celles génératrices de terpènes, phénols et cétones, produits particulièrement allergisants
- Colophane : puissant allergisant cutané et respiratoire (dixit la CRAM).
- siccatif de cobalt (linoléate), zirconium (octoate) et de zinc : très toxiques, mais la plupart des produits étant à base d’huile de lin il faut bien la siccativer cette huile !
D’accord c’est moins pire que d’autres marques et d’accord aussi ces produits se trouvent surtout dans les apprêts et primaires de la gamme. Mais même dans les peintures il y a des choses qui me choquent.
Par exemple on trouve de la caséine et du sel de bore qui est nécessaire à sa dissolution. En lisant sel de bore vous traduisez certainement borax, donc produit sain et naturel. Le problème c’est que le borax ne se dissout que très faiblement dans l’eau à température ambiante. Il faut le dissoudre à l’eau chaude et quand la température baisse de nouveau, le borax recristallise. Compte tenu de la quantité en eau de la peinture, soit il s’agit de quelques grammes de borax qui ne peuvent solubiliser que quelques grammes de caséine (qui ne sert alors à rien) , soit il s’agit d’un dérivé du borax qui est soluble dans une eau plus froide ! Le seul dérivé du borax qui se dissout mieux à l’eau froide est le perborate (qui est bien un sel de bore et non du borax) qui est le constituant principal des lessives industrielles (à l’origine le perborate pur était la composition principale de la lessive Persil).
Ces peintures contiennent de l’huile de lin et sèchent en 35 mn ! sans siccatif ?
Chez d’autres fabricants de peintures naturelles on trouve souvent du methylcellulose (comme la colle à papier peint) qui est un éther de cellulose obtenu par réaction avec du chlorure de diméthyle. Ca n’a rien de grave mais ce n’est plus un produit naturel !
Alors des peintures au latex naturel ? Mais saviez vous que pour sa conservation le latex doit subir différents traitements comme une isomérisation avec de l'acide paratoluènesulfonique, oxydation au linoléate de cobalt, une chlorhydradation avec benzène etc ... Il est sinon impropre à une utilisation en collage ou en peinture et ne se conserve au mieux que dans une solution ammoniacale.
Pour ma part je fabrique de la peinture en poudre à la caséine « à l’ancienne » (ce que les anglo saxons appellent « milk paint » ou peinture de lait, marketing oblige) sans aucun additif d’origine pétrolière ou ayant subit une transformation chimique (c’est le produit qui n’intéresse pas satoriz, parcequ’ils travaillent avec X
Dans une vraie peinture à la caséine, celle-ci remplace le liant glycéro, acrylique ou vinylique. Mais la caséine, qui est une protéine de lait, coûte beaucoup plus cher que ces résines ou que la chaux. En fait la plupart des peintures « à la caséine » que l’on trouve sur le marché sont des badigeons de chaux chargés à la craie dans lesquels on rajoute un peu de caséine (2 à 3%). Bien formulée une telle peinture fait une très bonne peinture murale, mais ça reste une peinture à la chaux et non une peinture à la caséine. X que je citais en début de post n’a par exemple jamais qualifié ses peintures de « peintures à la caséine » sous prétexte qu’il y en avait 1 ou 2% (ils se seraient fait descendre par les associations de consommateurs suisses et allemand !)
La dernière en date qui m’a fait rire (jaune !) c’est un acheteur d’une chaine de magasins forts connus ayant un rayon déco et qui me renvoyait regarder les produits « innovants » et écologiques qu’ils venaient de référencer.
Le premier est un badigeon à la chaux non teinté, formule « améliorée » (c'est-à-dire avec un fixateur dont la nature n’est pas précisée), vendu sous l’appellation « peinture naturelle » à 35 euros le kg auxquels il faut rajouter 11 euros pour 150 g de pigment. La sous couche spéciale à 62 euros le kg était « fortement » recommandée.
Le second est une peinture « naturelle et écologique » en phase acqueuse bourrée d’huiles essentielles vendue 28 euros les 750 ml.
Et on va en voir sûrement d’autres …
(Afin que ce message ne soit pas pris comme de la pub déguisée, j'ai supprimé le lien vers mon site dans mon profil)














